Historique

L’A186 à Montreuil, un couloir de béton au milieu des Murs à Pêches

Des habitants du quartier des Murs à Pêches, un espace naturel et patrimonial remarquable, déploraient que ce site ne soit pas assez connu des Montreuillois. Et, pour y remédier, ils décidèrent d’organiser en septembre 2005, lors de la journée sans voitures, une première manifestation sur cette autoroute avec café éphémère, expositions de sculptures et de photos, etc.


Ils se souviennent : « Être sur cette autoroute était extraordinaire. On avait le sentiment d’être acteurs de la transformation de notre ville. Cette autoroute coupe le quartier des Murs-à-pêches en deux, divise le haut et le bas de la ville. Se la réapproprier, c’est faire œuvre de réconciliation mais c’est aussi poser la question de la gestion concertée de l’espace public. »


La sensation provoquée donne à ces habitants l’énergie de récidiver. Moult tractations plus tard, même si ce bout d’autoroute a été déclassé, sa fermeture nécessite l’intervention de diverses administrations ; la première édition de La Voie Est Libre a lieu en Septembre 2009.


Les bases de l’événement sont alors posées : la sécurité puis le nettoyage des bas côtés sont l’affaire de la mairie. Celle-ci alloue également un budget à l’organisation du festival, dans le but de financer l’achat des fournitures nécessaires à la création des activités proposées bénévolement . Et en ce qui concerne la programmation et le visuel de l’événement, ils sont l’émanation du désir des citoyens et de leur énergie.


Quatre ans plus tard, la ligne n’a pas changé, et une chargée de mission rémunérée par la ville coordonne l’événement et fait le lien entre le comité de pilotage citoyen et les services de la ville. Cette personne est issue du noyau fondateur de l’événement. Une charte à même été rédigée, garante de la philosophie du concept : « Événement populaire, écologique, gratuit, évolutif, participatif et porté par un comité de pilotage citoyen. » Ainsi un appel à projet est lancé chaque année pour donner vie à la journée. Chaque structure ou citoyen désirant s’impliquer (essentiellement des Montreuillois) doit en effet proposer une activité, un échange, un service… gratuit et dans l’esprit de l’événement; tenir un stand ne suffit pas. La participation est active ou elle n’est pas.


De fait, lors de l’édition 2012, l’offre devient variée : ici un parent aide son enfant à chevaucher un monstre à tête de crocodile ou un dragon fabriqué à base d’objets recyclés, non loin de là, tout un chacun se voit offrir une plante mis à disposition en échange de la promesse faite d’en donner des nouvelles ; ailleurs, on crée des coiffures végétales que de charmantes femmes vont porter tout le long de la journée, sans oublier la possibilité donnée de battre le blé, caresser les moutons, de déguster des tartes ou salades cuisinées à partir de produits issus de jardins partagés, d’écouter du jazz manouche, un orchestre symphonique ou de danser un rock grâce à une sono solaire, de jouer avec un mikado géant et d’admirer une dizaine d’artistes de street art peindre le pont qui traverse l’autoroute.


« Le temps d’une journée on transforme l’espace commun en un espace citoyen, commente un des habitants à l’initiative de l’éco-festival. Et ça marche : il y avait 2 000 à 3 000 personnes en 2009, entre 15 000 et 20 000 en 2012, 35 000 en 2015 des gens de tout horizons de surcroît. Pourquoi ce succès ? Je pense que l’un des mots-clés , c’est la subversion. En marchant sur une autoroute, on brave un interdit mais aussi on change son regard sur la ville en en devenant acteur de sa transformation. »

En 2015, la ville de Montreuil va, sans l’assumer ouvertement, retirer son soutien à notre festival et condamner l’initiative citoyenne pourtant devenue le plus grand événement de la ville, sans même permettre à ses porteurs bénévoles d’envisager une version alternative.

En 2016 et en 2017, nous portons le projet sur le périphérique qui ne verra finalement pas le jour.

Pas résignés pour autant, nous partageons désormais notre expérience et travaillons avec les nombreux acteurs qui ont émergé depuis sur les thématiques qui nous anime depuis toujours : résilience, transition écologique, réappropriation de l’espace public, développement des mobilités et alternatives douces, solidarités et fin des pollutions.

Aujourd’hui encore, soyons subversifs !

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